Les droits à la mobilité et à un réseau de transport collectif bien calibré doivent être affirmés. Le contexte de Mulhouse, ville paupérisée (un tiers des habitants sous les seuils de pauvreté) et où la place de la voiture est écrasante ne peut nous satisfaire. Au delà du slogan habituel, « les transports gratuits c’est bon pour le climat, c’est bon pour le pouvoir d’achat », nous souhaitons proposer un plan d’action pour le déploiement progressif de l’accès libre aux transports publics urbains. Les décisions, en matière de transports, se prennent à l’échelle communautaire. La première étape consistera à mettre le sujet sur la table, à lancer des expérimentations sur des « semaines-test » et pas seulement lors de « week-end shopping » même si le gain pour les commerçants du centre-ville est potentiellement très appréciable. Face aux problèmes récurrents de pollution de l’air, devant la recrudescence des maladies cardio-vasculaires et des décès prématurés qui affectent particulièrement la population mulhousienne, face aux nuisances liées au bruit et à l’accaparement de l’espace public, la réduction du trafic motorisé s’impose.

Nous proposerons plusieurs pistes pour financer un réseau de transport amputé de 15 millions d’euros de recettes annuelles. Revoir certains projets, que nous considérons comme inutiles ou aux coûts particulièrement élevés. Le projet d’échangeur Mertzau n’est pas indispensable, au contraire c’est un nouvel aspirateur à voitures qui est ici envisagé ; arrêtons-le ! Le projet « Mulhouse diagonales » dont l’esprit n’est pas en cause mais dont le coût – 30 millions d’euros – est excessif ; ré-envisageons des aménagements plus légers, en tenant davantage compte des potentielles inondations. Proposons un système de contribution libre, en ligne (avec un logiciel d’estimation du coût de l’abonnement) ou à l’intérieur des bus. Soyons acteurs des revendications pour que le produit de la future taxe poids-lourds de la collectivité européenne d’Alsace soit réaffecté au fonctionnement et au financement des transports urbains. Enfin, en liaison avec les autres grandes villes françaises, pesons pour que la législation et les lois sur les mobilités à venir prennent cette thématique en compte en affectant des possibilités de financement supplémentaires. Le rapport de la sénatrice Vullien et du sénateur Gontard sur la gratuité des transports offre des pistes. Il faut aussi remettre les choses en perspective : la privatisation des autoroutes entraîne plusieurs milliards d’euros de manque à gagner pour l’Etat ; le coût des transports routiers dépasse annuellement les 200 millions d’euros à l’échelle de M2a ! Certes les économies réalisées sur la billetterie et les systèmes de contrôle ne suffiront pas à compenser les « pertes » occasionnées par la gratuité effective mais les gains sont à envisager à plus longue échéance : diminution de la pollution, des nuisances, et donc progrès sanitaires (moins de coûts liés aux maladies…), baisse de l’insécurité routière (car plan de restriction de la circulation automobile), développement des mobilités actives en parallèle du réseau de transport, dynamisation du commerce de centre-ville et des commerces de proximité en général… . Des gains sociétaux, pas forcément immédiatement sonnants et trébuchants, mais c’est bien là l’essentiel.

Pour que le déploiement de l’accès libre aux transports soit efficace, il faut restreindre la circulation automobile, mais il faut aussi investir raisonnablement pour un réseau plus étendu et performant. Dans un premier temps, nous proposerons l’extension des lignes de tramway vers Illzach via le Drouot et vers Riedisheim depuis la Gare. Nous devrons évaluer la pertinence des autres extensions même si elles sont attendues depuis fort longtemps… . Les horaires de soirée voire de nuit sont à renforcer.

Pour résumer, l’accès libre aux transports en commun, outre son intérêt environnemental et sanitaire, peut constituer un formidable levier de solidarité pour encourager et reconnaître le droit à la mobilité de celles et ceux qui en sont privés.