Intervention de
Loïc MINERY

Conseiller municipal à Mulhouse et
vice-président m2A à la cohésion sociale et politique de la ville

Conseil municipal de Mulhouse
du 30 septembre 2021

Retrouvez l’extrait vidéo de l’intervention de Loïc MINERY :

Mulhousiennes, Mulhousiens, souriez, en QPV, vous êtes filmés !

En effet, le développement de la vidéosurveillance, que vous nous proposez au travers de deux délibérations, se porte à merveille !

Mais permettez-moi un constat affligé, celui de voir que plus de 600 000 euros de la dotation politique de la ville sont affectés directement à la multiplication des caméras. 60 % de prise en charge par l’État quand ce n’est que 40 %. pour l’école Victor Hugo. On voit bien où se situent les priorités du gouvernement et de Monsieur Darmanin. Et on sait aussi qu’elles sont vos préférences, à vous Mme la Maire quand vous signez une tribune sur la sécurité avec Monsieur Estrosi, grand adorateur de la reconnaissance faciale. Dommage pour vous en revanche, car vous n’êtes pas éligible au nouveau plan de la Région Grand Est de soutien aux collectivités souhaitant s’équiper ou étoffer leur réseau de vidéosurveillance !

Dommage aussi de faire l’amalgame entre QPV [Quartier prioritaire de la Ville] et vidéosurveillance à travers cette délibération, même si je rassure les autres Mulhousiens, tout le monde va être servi grâce au point numéro 20.

Oui, je parle de vidéosurveillance et non de vidéoprotection car on a là un cas classique de glissement sémantique qui vise à imposer et à normalise, y compris par la loi, une technologie dont l’usage devrait intervenir en dernier recours. Et pour bien rassurer, on essaie d’insinuer que la vidéo c’est bien car elle protège ! Oui mais non car les études en la matière, principalement anglo-saxonnes nous disent que le bilan est clairement à nuancer :
– l’effet dissuasif est faible
– les caméras déplacent la délinquance
– les affaires ne sont que très peu élucidées grâce aux caméras (max 3%).

Elles sont efficaces dans les lieux fermés (parkings, commerces…), au niveau des pôles de transport, le long des grands axes de circulation (incivilités routières) mais inefficaces en milieu ouvert c’est-à-dire dans l’espace public, dans les rues…

Alors pourquoi tant de gâchis ? De votre aveu même Monsieur Quin, leur maintenance coûte cher, les pannes sont récurrentes et il faut plus de personnel pour le centre de supervision urbaine. Mais alors pourquoi ne pas investir davantage dans la médiation, dans la prévention sociale ou par les pairs, ou encore dans la vraie prévention situationnelle, pas celle qui se gave de technologie pour mieux justifier le non recours aux moyens humains sur le terrain.

Nous aurions préféré un moratoire sur le déploiement de la vidéosurveillance, le temps de réunir un groupe de travail sur le sujet et de faire le tour des solutions possibles.

Encore un rendez-vous manqué pour la ville de la coopération et de la confiance, un pas de plus vers la ville de la surveillance et de la méfiance.