Prise de parole de Maëlle PAUGAM sur la convention du Nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU)

Conseil municipal du 19.11.2020

Cette intervention est complétée par une prise de parole de l’élue municipale Nadia EL HAJJAJI

Retrouvez l’extrait vidéo de l’intervention de Maëlle PAUGAM en Conseil municipal :

Retrouvez l’extrait vidéo de l’intervention de Nadia El HAJJAJI en Conseil municipal :

Madame le Maire, Monsieur l’adjoint au renouvellement urbain, chers collègues,

Au travers des pages du projet de convention on comprend que la politique qui le sous-tend consiste à espérer inverser la tendance à la fuite des habitants, en rendant la ville et notamment ses quartiers QPV « plus attractifs » pour des « quantiles » de populations plus aisées que ceux qui y habitent aujourd’hui. Par contre rien n’est indiqué, afin de favoriser la diversification sociale que vous appelez de vos vœux, pour rendre les quartiers déjà « attractifs » plus abordables pour les populations plus modestes de la ville. Celles-ci ne semblent pas avoir le droit à l’« attractivité ». La « dilution » ne se fait que dans un sens. On s’inscrit dans la logique de la gentrification qui ne dit pas son nom, adossée à la théorie du ruissellement plutôt que d’envisager le développement de la ville au service des habitants actuels. Comme cela est très justement indiqué dans le projet de convention, ces habitants font le choix d’y résider notamment pour la facilité de transports quand on ne souhaite pas ou, beaucoup plus souvent pour les Mulhousiens d’aujourd’hui, quand on n’a pas les moyens de se véhiculer de manière individuelle pour aller travailler, pour l’accès aux services publics, pour entretenir ses relations sociales et familiales, pour l’accès néanmoins encore aisé aux commerces à coût modérés.

Le gros manque du projet est qu’il n’y a aucune garantie pour que les nouvelles offres proposées en termes de logement sociaux reconstruit en dehors de Mulhouse répondent à ces besoins humains pourtant plus que légitimes. Au mieux il est indiqué que M2A accordera une attention particulière à la présence d’espaces verts et la concentration de l’habitat pour les nouveaux projets mais rien sur les adaptations nécessaires du plan de transport avec un calendrier cohérent. Pire, face aux difficultés du processus de relogement, on trouve, pour seule solution palliative qu’il y a de toute façon un ratio évolution du reste à charge / augmentation de surface au-delà duquel, au final, les gens finissent par céder à la proposition de relogement insistante. Nous ne pouvons pas nous satisfaire d’une approche aussi cynique. Démolir et reconstruire ne fait pas disparaître les problèmes sociaux ! Ni transférer le mistigri aux communes voisines qui n’auraient pas fait suffisamment leur part. D’autant plus quand on se retrouve désengagé des responsabilités de la M2A…

Je vous réitère mon invitation à prendre connaissance du dossier de la rue de la République à Marseille. Certes peu à la gloire des majorités municipales LR je vous le concède mais il montre très bien que si l’on pousse les gens en dehors de leur quartier sans qu’ils ne le choisissent, ils finissent par y revenir, des millions de larmes et d’euros gâchés après… alors autant faire cette économie tout de suite.

Nous serons donc, autant à la ville qu’à l’agglomération, particulièrement vigilants et exigeants sur les modalités et le calendrier détaillé de ce projet et sur l’existence de garanties solides pour des propositions décentes de relogement, et avant toute chose les dessertes de transport et l’accessibilité aux services publics.

Merci.

Maëlle PAUGAM, conseillère municipale

Prise de parole de Nadia EL HAJJAJI en complément de l’intervention de Maëlle PAUGAM :

Pour appuyer ce que vient de dire ma collègue Maëlle PAUGAM : à Mulhouse, parlons-nous de politique de « stratégie de peuplement » comme le souligne le NPNRU ou de politique sociale ? Pour quelle finalité ? Si nous comprenons bien, votre logique est de vous débarrasser des pauvres en dehors de la ville de Mulhouse. Et en parallèle, aucune solution ne semble être pensée, ni proposée pour les problématiques de freins à l’emploi, de mobilité, de garde d’enfants, etc. Il s’agit pourtant ici de lutter contre les effets de la pauvreté, et non pas d’en accentuer les freins.

Soyons honnêtes, dans ces conditions, pouvons-nous décemment parler de mixité sociale qui semble plutôt ressembler à une stratégie d’isolement social ?

Nadia EL HAJJAJi
Conseillère municipale et conseillère communautaire Mulhouse Alsace Agglomération – M2A