Prise de parole de Nadia EL HAJJAJI sur le rapport Égalité femmes-hommes 2020

Conseillère municipale à Mulhouse et conseillère communautaire Mulhouse Alsace Agglomération

Conseil municipal du 19.11.2020

Retrouvez l’extrait du Conseil municipal

Madame la Maire, Madame l’adjointe chargée de la promotion de toutes formes d’égalité,

Le recul des acquis sur l’égalité femmes-hommes s’observe en Europe, comme en Pologne ou en Espagne. Comment préserver ces droits ici, et notamment à Mulhouse ? Comment fait-on pour continuer à progresser sur cette thématique alors que nous sommes déjà en retard à Mulhouse par rapports à d’autres villes ? Un grand sujet.

Vous présentez ce rapport chiffré sur les inégalités femmes-hommes d’un rose flamboyant, merci. Malheureusement celui-ci ne permet pas de comprendre ni votre vision sur l’enjeu, ni ce que vous mettez derrière le terme égalité femmes-hommes, ni votre plan d’action. Cela se traduit par des contradictions d’éléments de langage qui trahissent le manque de vision et de compréhension de la thématique. Par exemple, on peut lire dans l’emploi des termes page 17 autour « des pratiques sportives féminines » et page 19, au contraire « dégenrer les pratiques sportives ». De quoi parle-t-on, vers où voulez-vous aller, que voulez-vous faire concrètement ?

Certes l’intitulé de la délégation de Madame l’adjointe en charge de la thématique présente un aperçu de votre état d’esprit : « Pour la promotion de toutes formes d’égalité ». Naurait-il pas fallu le nommer de manière plus adéquate « Droit des femmes et l’égalité des genres » ?

Le prétexte de ne pas favoriser une inégalité plutôt qu’une autre vous pousse à l’invisibilisation des droits des femmes et l’égalité des genres. Une vision politique commence par conscientiser les enjeux et ne pas invisibiliser les inégalités par des termes trop génériques et frileux. Nommer les choses est le début car sous couvert de « il n’y a pas que ça », au final « il n’y a plus rien ». Le rapport évoque des postes d’ajointes peu stéréotypés, certes mais les femmes ne sont pas non plus aux finances ou à la sécurité.

Ce rapport présente clairement un tiraillement entre le 20e et le 21e siècle : violet dans certains mots, rose dans les actions. Aujourd’hui, n’est-il pas enfin temps de comprendre que l’enjeu n’est pas de parler de femme à femme mais au contraire de favoriser également l’engagement des hommes dans le combat pour l’égalité ? Ce combat les concerne tout comme les personnes transgenres, les non-binaires ou les personnes intersexuées qui sont les grands oubliés du rapport.

Au 21e siècle, il s’agit d’éveiller les consciences et les mentalités pour que ce rapport annuel devienne un outil incontournable, prospectif et de réflexion et non pas seulement parce qu’attendu par la loi. Mais visiblement ce n’est pas votre démarche puisque vous commencez par le rappel à la loi et l’évocation de l’article 1 de la Constitution. Sans cela, qu’elles auraient été vos actions ?

Nous pouvons nous poser la question si vous vous emparez de ce rapport avec volontarisme et enthousiasme ? Ce qui peut nous faire douter, d’une part, c’est le nombre important de copier-coller avec les rapports annuels de 2018 et de 2019, des erreurs dans la mise à jour de chiffres et le manque criant d’un calendrier d’actions et d’engagement au long court qui ne se résume pas seulement à quelques actions événementielles isolées.

D’autre part, il y a le constat d’inégalités professionnelles identifiées en interne de la collectivité, l’analyse fataliste que vous en faites : les professionnelles (femmes) sont renvoyées à leur rôle de mère, à leur corps et à leur charge mentale. Quant à leurs décisions de recours au temps partiel ou au télétravail, elles sont présentées comme des choix alors qu’il est avéré que la surexploitation du télétravail est un risque d’isolement social. Y avait-il vraiment d’autres alternatives qui leur étaient présentées ?

La différence entre vous et nous, c’est que nous disons à chaque mère « n’oubliez pas que vous êtes une femme, n’oubliez pas vos compétences professionnelles » alors que vous, vous dites à chaque femme, chaque professionnelle « n’oubliez pas que vous êtes une mère ou que vous pourriez l’être ».

Il ne peut y avoir une lecture de ces chiffres uniquement avec le prisme de la maternité, au risque d’oublier tout le reste : le sexisme, les préjugés et les discriminations qu’une femme qui n’est pas mère ou qui ne souhaite pas l’être subit tout autant. La question se pose également pour les lesbiennes, les gays, les bi, les trans et + même si ce n’est pas dans l’obligation légale.

Il est très surprenant que vous fassiez un constat sur les familles monoparentales (femmes) sans proposer aucune action. A l’inverse, il est tout autant surprenant d’avoir un panel d’actions réalisées ou à venir concernant les violences faites aux femmes sans état des lieux. Comment pourrait-on évaluer l’efficacité des orientations ? De plus le 3919 n’est pas évoqué une seule fois, cela pose question.

Concernant le manque de proposition pour les familles monoparentales, et notamment les femmes, peut être que cela s’explique dans le NPNRU qui consiste à envoyer une grande partie des pauvres à l’extérieur des portes de Mulhouse ?  Forcément les questions de garde d’enfants et de mobilité, qui sont les principaux freins à l’emploi à Mulhouse, ne se posent plus aussi fortement.

Une femme doit-elle attendre l’ambition supérieure d’un homme pour rentrer en responsabilité tout comme doit-on se contenter attendre la construction d’une rue nouvelle pour lui donner un nom de femme ? Visiblement tout le monde n’a pas la chance de s’appeler Jacques Chirac ou Alain Bashung. Quel quartier réservez-vous aux LGBTQI+ ?

Nous sommes néanmoins satisfaits de la création du Conseil consultatif de l’égalité, même si tardive, dans laquelle nous souhaitons voir les quatre priorités et actions concrètes suivantes :

– l’engagement sur la parité des instances traitant la question de l’égalité femme-homme ;
– la lutte contre le plafond de verre ;
– pour les familles monoparentales, aide à l’accès aux différents modes de garde d’enfant et à la mobilité ;
– un état des lieux et couverture des besoins de logement des femmes en situation de violence.

A quel rythme avez-vous prévu que ce conseil se réunisse ?

En attendant un rapport d’activité plus ambitieux, nous espérons vous voir physiquement aux événements liés à la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.

Merci.

Nadia EL HAJJAJI, conseillère municipale et conseillère communautaire