Cela n’aura échappé à personne, les femmes sont en première ligne dans la crise que nous traversons.

Parce qu’elles occupent majoritairement les métiers actuellement les plus exposés, des milliers de femmes font chaque jour face à cette épidémie dans le cadre de leur travail : elles représentent de l’ordre de 90% des infirmièr.e.s et aides-soignant.e.s, plus de 50% des médecins, plus de 70% des pharmacien.n.e.s, plus de 95% des aides ménagères et des assistantes maternelles, de l’ordre de 70% des agent.e.s d’entretien, mieux connues sous le nom de « femmes de ménage », près de 80% des caissièr.e.s et employé.e.s de magasin… sans compter celles qui, a titre professionnel ou bénévole, ont contribué à fournir la France en masques ces dernières semaines !

Passée la journée de travail pour celles qui sont rémunérées, venons en aux tâches domestiques et parentales. Accrues avec le confinement, elles sont encore très majoritairement l’apanage des femmes. S’il faut rappeler un chiffre, remémorons nous que 80 % d’entre elles font la cuisine ou le ménage au moins une heure chaque jour, contre 36 % des hommes, et même si le pourcentage de participation a évolué chez les hommes, la charge mentale pèse encore sur les épaules des femmes.

Pour peu que les choses s’enveniment au sein du foyer, et le contexte de confinement n’aide pas : ce sont à nouveau les femmes qui en subissent très majoritairement les conséquences en étant trop souvent victimes de violences conjugales. Et, ne nous le cachons pas, la fréquence de ces situations n’a fait qu’augmenter ces derniers mois, en particulier au sein de foyers déjà fragiles et précarisés, nombreux à Mulhouse. Depuis le début de la crise du COVID-19 les cas de signalement de violence conjugale ont augmenté de 35% en France.

Rappelons aussi que les femmes sont 3 fois plus touchées par les emplois précaires et les inégalités salariales. En équivalent temps plein, les femmes sont rémunérées 18,5 % de moins que les hommes. Elles sont donc bien plus souvent dans une situation de dépendance financière vis à vis de leur conjoint. Une femme qui ne peut pas subvenir à ses besoins et/ou à ceux de ses enfants car ses revenus propres sont insuffisants pourra se forcer à rester avec un homme irrespectueux voire violent. Et le cercle vicieux s’enclenche…

Dans ce contexte, difficile de comprendre que les associations qui viennent en aident aux femmes victimes de violence doivent encore se battre au quotidien avec les autorités locales pour maintenir les moyens de relogement dont elles disposent. C’était le cas à Mulhouse avant la crise, leurs alertes actuelles montrent que c’est encore le cas en ce moment… Quand une femme se fait violenter au sein de son domicile on lui dit de trouver un endroit pour se réfugier. Mais, si elle n’a ni famille ni ami sur qui pouvoir compter, où va-t-elle ?
Pourtant, depuis le début de la crise sanitaire, notre ville a trouvé les moyens de mettre à disposition des logements en nombre conséquents pour accueillir les SDF. Mais une femme qui se fait violenter est aussi une situation de crise ! Si on est aujourd’hui capable de reloger la quasi intégralité des personnes sans abris, on doit aussi être capable , dans la durée, de trouver des solutions de relogement pour les femmes violentées.
Si cette crise doit nous apprendre quelque chose en terme de combat féministe, c’est qu’il faut s’intéresser aux femmes avant que les crimes conjugaux ne soient commis, il faut intervenir avant d’en arriver là, car c’est à partir de la première insulte que la femme est en danger, et c’est à partir du premier manque de respect ou de reconnaissance de sa place dans la société que l’incitation à la violence s’immisce. Preuve en est, le harcèlement de rue envers les femmes n’a pas disparu avec le confinement et un espace public déserté. C’est une vigilance de tous les instants.

Si cela était encore à démontrer, la crise sanitaire actuelle montre à quel point les femmes sont indispensables au bon fonctionnement de notre société, que ce soit dans la sphère familiale et privée ou dans l’espace public et professionnel. Le respect et la reconnaissance de leurs compétences et savoirs- faire est la clé d’une société apaisée.

Ces constats mettent en évidence que leurs voix devraient être aussi audibles et considérées que celles des hommes, tout aussi présentes dans le champ du conseil et de la prise de décision collective. Les femmes aspirent à être des sujets à part entière de la cité et à participer à part égale avec les hommes à la vie du pays.
Et pourtant, au sein du conseil scientifique mis en place pour éclairer la décision publique dans la gestion de la situation sanitaire liée au Coronavirus, 9 hommes, 2 femmes. Au sein des ministres prioritairement concerné.e.s par la gestion de la crise et prenant régulièrement la parole lors des allocutions gouvernementales (Premier Ministre, Ministre de la Santé et des Solidarités, Ministre du Travail, Ministre de l’Économie et des Finances, Ministre de l’Éducation, Ministre de l’Intérieur, Ministre de l’Écologie et des Transports), 5 hommes, 2 femmes. Rien d’étonnant, dès lors, que le parti était pris par le Président de la République d’avoir recours à un champ lexical autour de la guerre, sous-entendant, dans l’inconscient collectif, des rôles genrés dans cette crise sanitaire.
Certes les temps difficiles que nous vivons sont déstabilisants et fragilisants, mais ils sont aussi révélateurs de situations depuis trop longtemps supportées bien qu’intolérables. Encore plus que la vague #Metoo et toutes les luttes contre les inégalités femmes-hommes de notre temps, cette crise doit permettre de pérenniser la visibilité et la considération que les femmes ont gagné ces derniers mois. Le monde d’après ne doit pas être un retour au monde d’avant, et surtout pas sur ce champ.

C’est le moment de prendre conscience qu’il est temps de sérieusement et urgemment revaloriser les emplois et métiers actuellement exposés et cruciaux pour notre société, d‘enseigner aux enfants, dès le plus jeune âge, l’équité femmes/hommes, de garantir la diversité et la mixité de nos instances collectives de décision, de mettre en place des boucliers sociaux universels tel que le revenu minimum social garanti au niveau local, voire le revenu universel d’existence au niveau national, pour donner la possibilité à chacun.e d’acquérir son autonomie, et donc, en particulier, aux femmes.

Leur combat d’émancipation est le combat de toute notre société. De leur reconnaissance dépend celles de toutes et tous.
Faisons que le monde d’après soit féministe. Mulhouse Cause Commune l’est assurément.

Mulhouse Cause Commune – le 11 mai 2020