Interventions de Nadia EL HAJJAJI et Joseph SIMEONI

Conseiller.e municipal.e de Mulhouse
et conseiller.e communautaire m2A – Mulhouse Alsace Agglomération

Retrouvez l’extrait vidéo de l’intervention de Nadia EL HAJJAJI :

Retrouvez l’extrait vidéo de l’intervention de Joseph SIMEONI :

Intervention de Nadia EL HAJJAJI

Madame la Maire,

cher·e·s collègues,

Le conseil municipal s’empare ce jour d’une question grave et sérieuse, celle de l’antisémitisme qui touche chaque année nombre de nos concitoyen.ne.s. Encore récemment nous avons vu que la « bête immonde » n’était pas morte. Quand des tags odieux ciblent nos compatriotes juifs, comme en novembre à Mulhouse ou encore lundi dernier à science po Paris[1], c’est la République tout entière qui est attaquée.

Plus globalement en 2019, selon les chiffres du ministère de l’intérieur, ce sont 687 faits à caractère antisémite qui ont été constatés. Ce sont 687 de trop.

Ces chiffres montrent que nous n’agissons pas assez, ou à minima pas assez bien pour mettre un terme à ces discriminations et il faut dire le mot, ces violences antisémites. Ils montrent la nécessité de faire de l’efficacité notre boussole pour faire cesser ces actes d’un autre temps. 

Aujourd’hui est soumis à notre vote un vœu, reprenant la définition de l’antisémitisme proposée par l’IHRA. Ce texte comme tout autre mesure ne peut prétendre à lui tout seul endiguer l’antisémitisme que nous connaissons. Mais la question que nous nous devons de nous poser en tant qu’élu.e.s de la République est : ce vœu constitue-t-il un pas en avant pour lutter efficacement contre les discriminations subies par nos concitoyens juifs ?

Ce vœu et la définition qu’il contient crée-t-il de nouveaux droits ou une protection supplémentaire pour nos concitoyens juifs ? La réponse est non, car comme le rappellent les auteurs de la définition, il s’agit d’un guide et non d’une définition à vocation légale ou juridiquement contraignante.

Ce vœu et la définition qu’il contient constitue-t-il pour autant un outil pédagogique qui pourrait servir de base à des actions de prévention ? Le but d’un outil pédagogique est d’être facile d’appropriation et de susciter par son partage un consensus suffisamment large pour irriguer la société.

Ni facile d’accès, le texte de l’IHRA précise bien « on peut citer, en fonction du contexte et de façon non exhaustive ». Il s’appuie donc sur une connaissance forte de ces questions. Elle ne peut donc prétendre être facile d’accès car elle nécessite une formation appropriée préalable.

Ni à vocation consensuelle : la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme, soulignait que l’adoption de la définition de l’IHRA risquerait de « fragiliser l’approche universelle et indivisible du combat antiraciste » et pourrait par son adoption participer à « remettre en cause le cadre républicain »[2].

A partir de ce constat, et parce que nous sommes attaché.e.s à la République et à son objectif universaliste et émancipateur, cette définition ne nous semble pas apte à être un outil pédagogique efficace permettant de participer à la réduction des discriminations et actes antisémites par la sensibilisation.

Alors que nos concitoyen.ne.s juifs attendent des réponses concrètes et efficaces face aux discriminations et actes antisémites qu’ils-elles subissent au quotidien, il nous est donc proposé aujourd’hui une mesure inefficace au renforcement de leurs droits et de leur sécurité, mais également inutile sur le plan pédagogique pour prévenir les actes antisémites par l’éducation.

C’est pourquoi, face à un texte d’apparat qui ne fédère en rien, face à un texte qui n’apporte ni évolution significative ni recul sur les politiques menées en matière de lutte contre l’antisémitisme ; face à un texte n’apportant aucun changement concret dans la vie actuelle de nos concitoyen.ne.s juifs ; en un mot face à un texte vide d’efficacité, nous refusons de couvrir la tartufferie de la majorité qui consiste à paraître beaucoup mais à faire peu en matière de lutte contre l’antisémitisme. Car il appartient aux élu.e.s de la République de veiller à ce que leurs actions soient suivis d’effets, au risque de détériorer irrémédiablement la confiance dans l’action publique.

Aussi nous proposons en alternative des mesures réelles et concrètes telles que :
– des actions plus régulières de sensibilisation auprès des publics scolaires et périscolaires ;
– un renforcement du soutien humain, financier pour l’organisation d’événements de lutte contre l’antisémitisme et le racisme ;
– une formation adaptée et spécifique pour les agents de l’administration sur les questions d’antisémitisme et de racisme (policiers municipaux, agents d’accueil, …).

[1] Des tags antisémites découverts sur le fronton de Sciences Po Paris (lemonde.fr)

[2] essentiels_rapport_racisme_2018_vdef_1.pdf (cncdh.fr), page 25

Nadia EL HAJJAJI
Conseillère municipale à Mulhouse – Groupe Mulhouse Cause Commune
Conseillère communautaire m2A Mulhouse Alsace Agglomération